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Condition #8 : fichier électoral fiable

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-> Établissement d’un fichier électoral fiable et consensuel

L’enrôlement étant terminé et la loi sur la répartition des sièges promulguée, pourquoi parler encore d’un fichier fiable et consensuel ? La constitution de ce fichier a coûté des centaines des millions de dollars et s’est passée dans une certaine opacité. Elle a été utilisée comme une des raisons principales du report de la date des élections du décembre 2017 à décembre 2018. Mais le taux élevé des doublons, la disparité entre des provinces, la technique peu fiable utilisée pour consolider et nettoyer le fichier, l’audit effectué après le vote de la loi de répartition des sièges… Tous ces éléments ont montré à suffisance que, malgré les moyens et le temps mobilisés par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), le fichier électoral n’a pas été réalisé avec professionnalisme, rigueur et sérieux.

Aujourd’hui il est essentiellement question de voir comment la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) entend réagir aux recommandations de l’audit réalisé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Et ce, malgré une conclusion politique qui parle d’un fichier perfectible. D’autant que le général Siaka Sangaré, chef de la mission de l’OIF, a déclaré dans une interview que si les mesures préconisées ne sont pas prises, il ne pourra pas garantir la fiabilité du fichier. Car, aujourd’hui le fichier électoral, c’est presque 17 % d’enrôlés sans empreintes digitales, soit près de 18 millions d’électeurs qui, à eux seuls, peuvent donner la victoire à une élection à un tour. Des cartes d’électeurs vierges disparus dans la nature et un président de la Ceni qui, au lieu de chercher à corriger les nombreux manquements, se contente de soutenir qu’il n’existe aucun fichier parfait au monde. Le problème, c’est que le fichier électoral en RD Congo n’est pas qu’imparfait, mais impropre pour des élections libres et transparentes.

Aujourd’hui deux camps s’affrontent autour du fichier. D’un côté, le gouvernement et la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) estiment que le fichier est fiable et tout doit continuer comme si de rien n’était. Pour eux, ceux qui critiquent le fichier ont peur des élections et cherchent des prétextes pour les repousser. De l’autre, l’opposition et la société civile estiment que la Ceni doit impérativement mettre en œuvre les recommandations de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour rendre le fichier propre. Concrètement, des partis d’opposition exigent l’éviction des 17 millions d’électeurs sans empreintes digitales.

L’avenir est sombre. Nos organisations ont le sentiment que la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) ne veut rien entendre et préfère un passage en force, avec l’appui du pouvoir en place pour aller aux élections avec le fichier non fiable. Nous nous demandons également si l’opposition ira au bout de ses revendications ou s’il s’agit seulement d’une stratégie politicienne pour nuire à la Ceni alors qu’elle compte tout de même participer aux élections, malgré un fichier qu’elle qualifie elle-même de corrompu. Pour nous, il est déplorable de voir à quel point la classe politique traite avec désinvolture une question si essentielle à l’intégrité du processus électoral.

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