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Monsieur le président

Nous sommes plusieurs à être perdus, perplexes. Bazoloba na biso que tokomesana kaka (On nous dit que nous finirons par nous habituer). Le problème c’est que nous ne savons pas vraiment à quoi. Nous nous posons la question de savoir en quoi les élections de décembre 2018 a servi ? Hier en parlant du président de la RDC à un ami. Il nous a répondu : lequel ? Le président nommé ou le président élu ? Le légitime ou le légal ?

C’est vrai que comme en 2006 entre Bemba et Kabila, la même question s’est posée. En 2011, la même question s’est posée entre Etienne Tshisekedi, votre père et Kabila. Et en 2018, entre vous et Fayulu. Malheureusement, vous n’êtes pas dans le rôle du père, mais allié à Kabila, celui que vous appeliez encore il y a quelques mois le voleur de la victoire de l’UDPS, de votre victoire. Certains de vos partisans disent que ce n’est que justice. Nous avons du mal à croire à une justice sans vérité, à une justice émanant d’un régime corrompu, répressif et autoritaire. (Nous espérons de tout cœur que vous êtes encore d’accord avec nous sur ce point)

Car voyez-vous nous avons du mal à comprendre pourquoi depuis que vous avez été proclamé par la CENI, votre discours a changé envers Joseph Kabila. Du jour au lendemain, il a cessé d’être le dictateur, le voleur de la victoire du président Tshisekedi pour devenir le père de la démocratie congolaise (tenez, le même qualificatif qu’à l’illustre disparu.). Souvenez-vous de cette vidéo à trois avec Moïse Katumbi et votre Direcab, sur Pasi na yo, pasi na biso (Votre souffrance est notre souffrance), où vous vous adressez aux militaires. Nous vous avons suivi au Camp Tshatshi, nous étions prêts à vous applaudir puis nous vous avons entendu dire que vous allez faire la même chose (prendre soin des militaires) comme votre prédécesseur. Vous le croyez vraiment ?

Monsieur le président, ce matin une dépêche de la presse égyptienne nous a appris que le président Al Sisi a reçu une haute délégation de notre pays représentant le nouveau et l’ancien président : l’ex Direcab du chef de l’état Néhemie Mwilanya, l’ex Ministre des affaires étrangères Tshibanda et le ministre sortant de la Décentralisation Ruberwa. Quel est le rôle de chacun ? Et qui était votre représentant ?

Monsieur le président, Lamuka vous accuse d’être une marionnette aux mains de Kabila. Vos partisans contestent et affirment que même si vous avez dealé avec Kabila, c’est au nom de la préservation de la paix et pour éviter un bain de sang à notre population. Nous ne demandons qu’à vous croire. Cependant, l’heure n’est plus aux discours mais aux actes. Le Changement, c’est maintenant. Alors dites-nous monsieur le président, pourquoi en votre qualité de garant des institutions vous ne demandez pas à la CENI de publier les résultats des élections législatives et provinciales par circonscription pour faciliter les nombreux recours en contestations, y compris ceux de l’UDPS. Le peuple veut vous entendre sur cette question, y compris nos organisations membres.

Monsieur le président, vos partisans n’hésitent pas lorsqu’on leur parle de votre accord avec Kabila pour lui laisser diriger les secteurs clés de la vie nationale que vous n’êtes pas un Tshibala ou un Badibanga mais bien le président de la RD Congo et que si vous vous étiez retiré de l’Accord de Genève, vous êtes en mesure de renier vos engagements avec Kabila pour l’intérêt du peuple. Alors faites le monsieur le président et nous vous croirons.

Monsieur le président une de nos organisations a lancé une campagne contre l’élection de Kalev, l’ancien homme fort de l’ANR, la clé des voûtes de la répression sous Kabila comme gouverneur de Lualaba. Vous rappelez-vous nous avoir promis la fermeture tous les cachots de ce service ? Allez-vous laisser que ce dernier devienne gouverneur d’une de nos provinces ? Monsieur le président, associez-vous à nous et en votre qualité de garant de la justice, appelez au rejet de la candidature de monsieur Kalev.

Monsieur le président, vous avez tout au long de votre engagement politique appelé à des sanctions contre les dignitaires de l’ancien régime. Vous avez applaudi lorsque des sanctions ont été prises contre ces dignitaires. Maintenant que vous êtes président, nous attendons de vous que vous écartez ces personnes de la vie publique au Congo. Que les généraux John Numbi, Tango 4, Delphin Kahimbi puissent être écartés de l’état-major de nos forces armées.

Monsieur le président, nos frères du Kasaï ont voté massivement pour vous. Les évêques du Kasai sont entrés en opposition avec la CENCO pour vous. Alors nous vous en supplions rendez justice à ce peuple tout comme aux habitants de Beni, de Yumbi et de l’EST en punissant les criminels, victimes des crimes de guerre contre notre peuple. Certains sont connus et sont au service de l’État.

Sachez monsieur le président, que pour nous le combat pour la démocratie et la liberté continue. Nos camarades morts, ceux qui sont en exil ne se sont pas battus seulement pour que Kabila ne porte plus le nom du président, ils l’ont fait pour mettre fin au système répressif qu’il avait mis en place. Tant que ce système continuera, notre combat continuera. Aujourd’hui monsieur le président, une coalition entre UDPS, votre parti et le FCC est-il dans le sens de votre combat ? Nous connaissons votre engagement, votre quête de la justice, alors qu’est-ce qui vous arrive ? Avez-vous oublié la nature et la réalité du régime Kabila ?

Monsieur le président, le peuple congolais veut un renouveau, une renaissance et si vous ne l’écoutez pas, si vous vous alliez à Kabila, il y a un grand risque que ce peuple, en commençant par vos militants, puisse vous assimiler à Kabila. Souvenez-vous de votre prestation de serment et au-delà de ce sacre, ce chant monté du milieu de vos partisans : Fatshi kobosana te papa alobaki le peuple d’abord. (Félix Antoine Tshisekedi, n’oublie jamais ce que papa disait : le peuple d’abord).

Monsieur le président, pour finir le peuple congolais a déjoué tous les plans de Kabila et vous y avez participé. Le moment est venu de parachever cette bataille. Posez-vous la question, seul avec votre conscience, si vous êtes du bon côté de l’histoire ? Avec le peuple ? Ou avec Kabila ?

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2 Commentaires
  • lumiere
    7 février 2019

    parfait… belle analyse. on doit arreter le fanatisme, c.est le moment de l.aider sinon il va succomber. Au premier meeting des opposants au stade des martyrs il avait juré malediction à celui qui trahira le peuple… ca c.est aussi la malediction, il ne saura pas travailler. Ses pasteurs sont où pour l’aider avec le jeûne et priere? Franchement, Pour sortir la tete haute, qu’il restitue le pouvoir à son fr Fayulu. Oh pauvre president, il souffre je vous dit et il ne fera rien. Le dimanche dans son eglise, Dieu l’a interpelé, sa conscience n’etait pas calme. Eux, surtout, ils ne voient que l’argent au lieu de mettre un groupe d’intercession en sa faveur.

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  • Fabien Kingombe
    7 février 2019

    Bjr Émile,
    Je viens de prendre connaissance de ta réflexion et de tes doléances auprès du nouveau Président. J’apprécie le contenu mais n’oublie pas l’adage qui dit que mieux vaut un mauvais compromis qu’ un bon procès. Il y a lieu de lui donner un certain temps pour porter un jugement sur son action. En ce qui me concerne je crois fermement que son choix constitue le moindre mal. Le conseil que je peux donner c’est de séparer le bon grain de l’ivraie par un bon programme d’audit et d’interpellation. Sans contrôle, l’échec est garanti. Laissons faire, je crois que ça va aller. Heureuse année.

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