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La machine à voter au cœur du processus électoral

La machine à voter, non-prévue dans le calendrier de la CENI de novembre 2017 alors que l’option avait déjà été prise de l’utiliser, s’est imposé comme le principal enjeu des élections en 2018. Pour ceux qui s’en souviennent, le président KABILA s’était montré catégorique devant ses pairs angolais et congolais que sans machine à voter, il n’y aura pas d’élection. S’en rappeler c’est comprendre pourquoi la CENI en dépit de tout bon sens et seule contre tous a maintenu l’utilisation de la machine à voter jusqu’à imposer aujourd’hui la politique du fait accompli à l’ensemble des acteurs sauf peut-être un seul.

La communauté internationale s’est opposée à l’utilisation de cette machine sans obtenir quoi que ce soit en dehors de l’audit externe de la machine par une fondation britannique.

La CENCO après avoir demandé en vain un audit technique de la machine à voter s’est résolue à accepter son utilisation moyennant quelques aménagements que la CENI ne semble pas prête à concéder, non plus.

L’Opposition, malgré un rejet à bloc de la machine, a fini par céder à la double volonté de Kabila et de Naanga pour se fracturer en deux groupes. Le premier, qui seul contre tous aujourd’hui à la manière d’un Astérix, continue à rejeter la machine au cri devenu populaire en lingala : « Toboyi machine à voler » (Nous refusons la machine à tricher), et le deuxième avec : « nous irons aux élections avec ou sans machine à voter ».

Si seulement cette machine n’avait que ceci comme problème. Malheureusement, elle se retrouve aujourd’hui au cœur de l’Imbroglio technique et logistique de la CENI pour l’organisation matérielle des élections le 23 décembre 2018.

En effet, la CENI est incapable de nous fournir un point détaillé des arrivées et de déploiements de ces 105.000 machines à voter commandées.

En effet, le dernier chiffre concernant les machines à voter fourni par la CENI date du fin octobre 2018 et parlait de plus ou moins 39000 machines arrivées sur le territoire congolais. Depuis ce chiffre, le discours de la CENI a changé. Il n’est plus question de parler des machines à voter mais de matériels électoraux et on ne donne plus les chiffres mais les pourcentages.

Pourquoi ce flou volontaire et qu’est-ce-qui explique cette absence de transparence ? Selon nos informations début décembre, il y aura encore entre 50% et 30 % de machines à voter qui ne sont pas encore arrivées sur le territoire congolais sans parler des autres matériels. Pour les agents de la CENI qui ont accepté de parler sous anonymat, il est impossible d’avoir toutes les machines déployées dans tous les bureaux de vote à la date du 23 décembre et que dans ces conditions, le report reste la seule évidence.

C’est d’ailleurs ce que laissent entendre les ONG congolaises membres du Réseau pour la réforme du secteur sécurité et justice dans leur huitième rapport consacré au processus électoral : « Quant à la machine à voter, à plus de doutes sur sa viabilité, les défis sont perceptibles quant à son acheminement du pays de fabrication vers la RDC, puis des 15 hubs vers les sites de vote. L’on peut dès lors s’interroger sur le fondement des assurances du Président de la centrale électorale sur la détermination et l’engagement à tenir la date du 23 décembre 2018 pour les élections alors que même la logistique, entendu les appareils volants et roulants bien que acquis ainsi que les kits électoraux (machines à voter principalement) ne sont pas encore arrivés à bon port ». (Http://www.rrssjrdc.org/wp-content/uploads/2018/11/Huiti%C3%A8me-rapport-du-Groupe-de-Travail-version-finalis%C3%A9e-.pdf)

Des doutes largement partagés par le Groupe d’études sur le Congo, de l’Université de New York, qui non seulement n’hésite pas à parler des élections dont les résultats sont déjà compromis, mais aussi concernant les machines à voter, constate un long retard dans leur acheminement en RDC, qui met en mal le respect du calendrier de la CENI, (http://congoresearchgroup.org/rdc-elections-de-tous-les-dangers-note-2-imbroglios-techniques/)

Une réalité que la CENI essaie de noyer dans un lot des chiffres et des statistiques pour montrer que tout se passe bien. C’est ainsi par exemple que le 21 novembre lors de la rencontre CENI-Partis politiques, le président de la CENI a communiqué des chiffres sur les matériels dont la CENI a besoin pour les élections sans dire expressément, malgré les interrogations des participants, le nombre de machines qui sont déployés sur le terrain.

Flickr/Monusco

Quelques agrégats liés aux électeurs, candidats, agents électoraux et matériel électoral :

  • 46.862.243 électeurs inscrits après l’enrôlement ;

  • 6.837.526 radiés après traitement qualitatif du fichier ;

  • 40.024.897 électeurs après radiation ;

  • 21 candidats à la présidentielle pour 1 siège;

  • 15.358 candidats à la députation nationale pour 500 sièges;

  • 19.640 candidats à la députation provinciale pour 715 sièges;

  •  75.563 Bureaux de vote ;

  • 21.699 Centres de Vote ;

  • 179 Centres Locaux de Compilation des Résultats (CLCR) ;

  • 452.520 Membres des Bureaux de Vote et de Dépouillement ;

  • 105.257 Machines à voter ;

  • 49.871.580 Bulletins de vote ;

  • 1.662.386 fiches, PV de vote et de dépouillement ;

  • 200 kits CLCR;

  • 85.700 Urnes;

  • 87.500 Isoloirs;

  • 485.700 Kits bureautiques de Bureaux de Vote et de Dépouillement ;

  • 600 Maximum d’électeurs par Bureau de Vote en province ;

  • 511.901 agents opérationnels ;

  • 239 sites de formation.

Quelques agrégats liés aux poids en Kg et rotations pour le déploiement

  • Poids des Bulletins de vote : 498.715 ;

  • Poids des machines à voter : 1.908.000 ;

  • Poids des fiches, PV de vote et PV de dépouillement : 166.239 ;

  • Poids des urnes : 764.698 ;

  • Poids des isoloirs : 581.835 ;

  • Poids des kits bureautiques BVD : 1.496.147 ;

  • Poids des autres matériels et documents (formation, sensibilisation, télécoms) : 3.022.520 ;

  • Poids total des matériels et documents à déployer en Kg : 8.438.154 ;

  • Poids total des matériels et documents à déployer en Tonnes : 8.438 ;

Photos camions ceni boulevard

Quelques agrégats de l’appui logistique récent du gouvernement au processus électoral

  1. Matériel roulant

  • 150 camions militaires adaptés au terrain reçus à Kinshasa pour couvrir la partie Ouest du pays ;

  • 135 camions à recevoir dans les villes de la partie Est du pays à Mombasa ;

  • 171 Pick-up ;

  • 1800 motos.

  1. Avions et hélicoptères

  • Avions Cargos : 1 Iliouchine-76 ; 1 DC-8 ; 3 Boeings 727 ; 1 Boeing-737 ; 2 Antonovs-26; 2 Antonovs-72 (Ces deux types d’Antonov sont particulièrement adaptés à des pistes d’accès difficile)

  • Avions passagers : 1 Boeing-737

  • 5 Hélicoptères d’une capacité de 1,5 Tonne

  • 2 Hélicoptères de supervision

Pour le Président de la CENI, à ce jour, 70% des kits et matériels électoraux ont atteint leurs destinations et au plus tard le 07 décembre, le 30% restants atteindront aussi les leurs. Cette avancée notable des préparatifs des élections a permis à Corneille NANGAA YOBELUO de réaffirmer la tenue des scrutins combinés présidentiel, législatifs national et provincial pour ce 23 décembre 2018.

Une affirmation que nos informations contredisent et nous exigeons de la CENI une clarification en ce sens. Nous demandons que la CENI nous fournisse les preuves des déploiements des machines à voter dans les 15 hubs et dans les centres de vote. Cette demande n’est pas un secret d’état mais un devoir pour la CENI d’informer la population en toute transparence de l’état d’avancement du processus électoral.

Refuser de le faire c’est renforcer le doute sur la crédibilité et la transparence du processus et s’entêter à reconnaître son incapacité à organiser des bonnes élections dans le délai pour un processus chaotique serait criminel de la part du président de la CENI et du pouvoir pour lequel il est en service. Le peuple observe et demandera des comptes à chacun.

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