Cette plateforme est une initiative de cinq organisations de la société civile congolaise : l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), Agir pour des élections transparentes et apaisées (AETA), Filimbi, Les Congolais débout, et la Lutte pour le changement (Lucha).
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Processus électoral : les forces en présence

La campagne électorale vient de commencer en RDC sur fond d’incertitudes. En effet, malgré l’ouverture de celle-ci, il n’y a, à l’heure actuelle, aucune certitude sur la tenue effective des élections le 23 décembre.

La CENCO, qui vient de terminer sa session extraordinaire consacrée aux élections a conclu qu’au stade actuel le processus n’était ni crédible, ni transparent et encore moins consensuel. Dans ce contexte, où allons-nous ? Et quelles sont les forces en présence ?

  1. Au niveau politique, nous pouvons parler aujourd’hui de trois groupes principaux : Le Front commun pour le Congo (FCC), la coalition Lamuka et le dernier en liste, le Cap pour le changement (Cach).

Le FCC :

Construit autour de duo Kabila-Shadary, le front a ratissé large autour de l’actuel chef de l’Etat. Contesté par la quasi-totalité de la population, il s’appuie cependant sur la force de l’appareil étatique et sur sa puissance financière pour exister. Premier des acteurs majeurs pour l’avenir du processus, la CENCO lui reproche notamment d’utiliser les moyens de l’Etat à son service. La population multiplie quant à elle des signes des rejets à son encontre lors des événements publics comme lors des compétitions sportives ou encore comme dimanche dernier lors de l’introduction du nouvel archevêque de Kinshasa.

L’un de ses candidats à la députation, pourtant très connu et populaire, l’artiste musicien Werrason a échappé de justesse au lynchage dans l’un de ses bastions musicaux à Kinshasa pour avoir voulu demander à ses fans de voter pour Shadary.

Principaux partis politiques : PPRD (Kabila), AFDC (Bahati), ECT (Félix Kabange), Opposition républicaine (Kengo), Opposition politique (Tshibala-Makila)

La Coalition LAMUKA (Réveille –toi en Swahili et en Lingala) :

Ce front commun de l’Opposition fut créé à Genève par les 7 principaux leaders de l’Opposition avant de voir deux de ses membres quitter la coalition pour des motifs qui leurs sont propres. Cette défection survenue très vite n’empêche cependant pas le nouveau regroupement de l’Opposition congolaise d’incarner la soif du changement et de l’alternance de tout un peuple. Porté par Martin Fayulu et soutenu par les principaux poids lourds de l’Opposition, Lamuka est en train de devenir de jour en jour une véritable force politique en RDC. En effet, l’équipe de campagne annoncée est composée de Jean Pierre Bemba, Moise Katumbi, Adolphe Muzito et Freddy Matungulu. Leur association représente aujourd’hui une force politique non-négligeable.

Le défi de Lamuka tiendra de sa capacité à respecter son engagement en exigeant des élections libres et crédibles et cela passe par son refus total de la machine à voter et de l’utilisation d’un fichier électoral avec six millions d’électeurs sans données biométriques. Une position jugée radicale, qui rejoint pourtant les aspirations du peuple et qui respecte simplement les principes démocratiques. L’avenir du pays et du processus électoral va dépendre de sa capacité à réveiller la population pour mettre fin au régime actuel.

Principaux partis : MLC (JP Bemba), Ensemble (Moise Katumbi), Dynamique de l’Opposition (Martin Fayulu), Nouvel Elan ( Adolphe Muzito), Congo na Biso (Freddy Matungulu)

Cap pour le changement (CACH) :

Né de la scission de Lamuka, ce dernier représente pour ses partisans une force politique majeure pour le changement. Composé d’un duo inédit entre Félix Tshisekedi, président de l’UDPS et Vital Kamerhe, président de l’UNC qui se présentent comme le duo gagnant face à Shadary.

Ce nouveau regroupement pose cependant un certain nombre des questions quant à leur marge de manœuvre réelle vis-à-vis d’un pouvoir dont on a toujours jugé le président de l’UNC, proche. Surtout lorsque l’on sait que ces deux fils de l’Opposition n’ont jamais réussi à s’entendre par le passé et qu’un tel regroupement n’est devenu possible aujourd’hui que grâce à la mort du leader historique de l’UDPS.

Ayant été absents du pays lors du lancement de la campagne, leur retour prévu mardi 27 novembre va sans doute donner le ton de la campagne.

Principaux partis : UDPS (Félix Tshisekedi), UNC (Vital Kamerhe)

  1. Au niveau social, on peut mentionner d’une part les Mouvements citoyens et de l’autre les différentes organisations de la Société civile.

Les Mouvements citoyens :

Les mouvements citoyens sont devenus ces dernières années, des voix avec lesquelles il faut compter en RDC. Principales victimes de la répression kabiliste dans leur combat pour l’alternance et la démocratie, les mouvements citoyens se prononcent ouvertement contre un processus électoral vicieux et non transparents comme l’a montré notre baromètre publié au lancement de notre site. Du Manifeste du citoyen congolais à Paris jusqu’au dernier communiqué de la Lucha de la semaine dernière, les mouvements citoyens appellent à la mise en place d’une transition citoyenne pour « remettre le pays en ordre et organiser des élections véritablement libres, équitables apaisées ».

Ces mouvements, qui ont encore aujourd’hui des dizaines de leurs membres en prison à travers le pays , ne croient pas au système actuel et comme l’église catholique, ils considèrent que le processus électoral en cours n’est pas crédible mais plutôt que de demander au pouvoir en place de corriger le tir, ils appellent à son départ pour permettre à la République de prendre un nouveau départ.

Principaux mouvements : COLLECTIF 2016, CONGOLAIS DEBOUT, FILIMBI, LUCHA

Les organisations de la Société civile :

Il en existe des centaines à travers la République et elles sont partagées quant au processus électoral en cours. Si certaines, à l’instar des mouvements citoyens appellent à la mise en place d’une transition citoyenne, d’autres par contre appellent la population à participer massivement au processus électoral en cours car seul, il permettra le départ de Kabila.

Il faut cependant se poser toute une série de questions sur le pouvoir d’influence de ces organisations auprès de la population. En effet, la plupart des observateurs partagent l’idée selon laquelle la société civile congolaise manque d’indépendance vis-à-vis des acteurs politiques. Dès lors leur capacité d’action serait limitée.

En outre, depuis le début de cette crise en dehors du CLC, les laïcs catholiques, aucune association de la société civile a réussi à mobiliser la population en faveur de la démocratisation. Il est donc utile de voir pendant cette campagne électorale, comment les différentes associations vont se positionner face aux enjeux de l’alternance.

Principales organisations : ACAJ, AETA, VSV, CAFCO, SYMOCEL, etc.

La POPULATION :

Pour nous, le peuple congolais est le dernier rempart de la démocratie pour la Nation. Tout le monde parle en son nom et revendique sa paternité. Pourtant cette population souffre et manifeste sa colère face à un pouvoir qui ne se préoccupe nullement de son bien-être. Elle le manifeste de plus en plus lors des rares occasions de liberté dont elle dispose.

Nous sommes convaincus de sa soif de liberté et de changement. La question est de savoir à quel moment décidera-t-elle que trop c’est trop et qu’il faut se prendre en charge selon la recommandation formulée par Etienne Tshisekedi en 2016 ? Si on y prend garde et surtout si on se permet encore de l’empêcher d’exprimer librement son vote, tout peut arriver et ça risque d’être trop tard.

Conclusion

Dans cette présentation des forces, nous avons laissé de côté le rôle des forces de sécurité, des pays voisins du Congo, de l’Union africaine et de la Communauté internationale. Chacun de ses acteurs peut selon les circonstances avoir un rôle déterminant.

Cependant notre conviction est que le changement doit se faire d’une manière pacifique et avec les acteurs cités ci-haut. Il en va de l’avenir et de la dignité du peuple congolais.

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