Cette plateforme est une initiative de cinq organisations de la société civile congolaise : l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), Agir pour des élections transparentes et apaisées (AETA), Filimbi, Les Congolais débout, et la Lutte pour le changement (Lucha).
Pour nous contacter :
+243 971 422 656
info@electionsrdcongo.com

Blog

Élections en RDC : acteurs et enjeux

Pour ouvrir ce blog, la coordination du site electionsrdcongo.com a choisi de présenter très brièvement les acteurs du processus électoral ainsi que les enjeux qui sous-tendent les prochaines élections en République démocratique du Congo (RDC).

Quels sont les acteurs et les enjeux du processus électoral en RDC ? La situation politique dans ce pays semble s’accélérer depuis la désignation d’Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD), le parti présidentiel, comme dauphin par le président Joseph Kabila.

Côté pile, la Commission nationale électorale indépendante (Ceni) continue à respecter plus ou moins les échéances du calendrier électoral et le pouvoir à affirmer l’irréversibilité du processus électoral allant jusqu’à qualifier le président Kabila de « père de la démocratie congolaise ». Tandis que l’opposition congolaise continue à tenir un discours d’unité et à maintenir, coûte que coûte, sa participation au processus.

Côté face, on se rend compte que la répression continue et même s’accentue ; l’instrumentalisation de la Ceni et de la Cour constitutionnelle s’intensifie ; les médias publics sont toujours aux mains du pouvoir ; l’opacité du processus électoral et la mise à l’écart de tout observateur national et international s’empirent ; les observations de l’audit de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) sur le fichier ne sont pas mises en œuvre.

Le tableau général et objectif ne permet pas du tout de parler des élections libres, transparentes et inclusives. »

L’opposition quant à elle paraît de plus en plus perdue, n’ayant aucun contrôle sur le processus et par-dessus tout semble incapable de construire un vrai projet commun et une unité nécessaire à une vraie alternative… Bref, le tableau général et objectif ne permet pas du tout de parler des élections libres, transparentes et inclusives.

Dès lors il faut se poser la question du rôle des acteurs et des enjeux d’un processus électoral qui semble jouer d’avance. Qui sont les acteurs les plus importants et leurs alliés ? Mieux les connaître permet de se faire une idée sur les véritables enjeux d’un processus si déterminant pour l’avenir de la RDC et de la région. Car, aujourd’hui, ce qui est en jeu n’est pas seulement le devenir d’une nation mais aussi le futur et la stabilité de tout un continent.

I. Les Acteurs

La classe politique congolaise dans son ensemble semble avoir perdu le sens de l’État. Elle se nourrit de ses propres intérêts. Si dans le camp du pouvoir, l’instrumentalisation et la confiscation des moyens étatiques au service d’un homme n’ont cessé de s’accroître, allant jusqu’à la création du Front commun pour le Congo (FCC), un regroupement politique et partisan lors d’un Conseil des ministres,  l’opposition semble incapable de s’organiser et de se départir de la pratique politicienne consistant à tout ramener autour des intérêts des « présidents » des différents partis politiques. Oubliant que l’intérêt supérieur de la nation doit être au-dessus de leurs ambitions personnelles.

La société civile congolaise, empêtrée dans ses contradictions, paraît incapable de jouer le rôle d’arbitre et de régulatrice de la vie nationale qu’elle est censée assumer. Mal organisée, fragmentée et sans véritable indépendance dans sa grande majorité, elle est devenue depuis longtemps un instrument entre les mains d’un camp comme de l’autre, à quelques exceptions près.

Heureusement qu’on assiste, grâce notamment à la lutte des mouvements citoyens et à la résistance de quelques organisations, à l’émergence d’un véritable engagement patriotique pour la sauvegarde de la démocratie et le respect des lois. L’Église catholique, après son expérience traumatisante des négociations du Centre interdiocésain, semble avoir pris du recul et, malgré ses nombreux appels pour que les citoyens se prennent en charge, paraît ne plus avoir envie de descendre dans l’arène au côté de ses ouailles, préférant se limiter aux messages à caractère prophétiques et à une mission de plaidoyer à l’international.

La mise à l’écart au nom de la souveraineté nationale d’une communauté internationale (qui elle-même semble incapable de faire respecter les résolutions du Conseil de sécurité, pourtant censées être obligatoires), apparaît plus comme un moyen d’écarter la présence des observateurs neutres face aux enjeux d’un processus censé consolider les acquis démocratiques.

II. Les Enjeux

Les enjeux sont nombreux et multiples. Nous en choisissons cinq que nous allons brièvement présenter dans ce papier.

1. L’alternance

Nous avons beaucoup entendu ce mot ces derniers mois dans la bouche de nos hommes politiques. Même les ténors de la majorité au pouvoir n’ont pas hésité à affirmer qu’avec Ramazani Shadary comme dauphin de Kabila, l’alternance était assurée. Ignorant qu’en politique, l’alternance ne concerne qu’un changement de majorité et de politique. Aujourd’hui tout le monde affirme la nécessité d’un changement dans le pays, d’une véritable alternance. Or le processus tel qu’il est conduit, ne permet absolument pas de l’obtenir.

Joseph Kabila contrôle l’ensemble du processus par l’instrumentalisation de la Ceni et de la Cour constitutionnelle avec pour objectif de continuer à garder et exercer le pouvoir au-delà de la fin de son mandat, que ce soit via un simulacre d’élections ou via tout autre scénario. D’ailleurs dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux on entend des responsables de la majorité affirmer que Ramazani Shadary, c’est Kabila qui continue et que rien ne change.

Il est donc important que la société civile et l’ensemble des Congolais veillent à ce que les conditions soient remplies pour des élections libres et transparentes en vue de parvenir à une véritable alternance au sommet de l’État.

2. Indépendance de la Ceni et de la Cour Constitutionnelle

Lors des négociations de la CENCO, la nécessité d’une réforme de la Ceni et de son audit a été réaffirmée et, pendant les négociations, l’opposition en avait fait une ligne rouge sans laquelle il n’y aurait pas d’accord. Or l’on constate qu’au-delà de l’acceptation du remplacement du membre du MLC, le pouvoir a bloqué ce point de l’accord et aujourd’hui en dehors du camp Kabila, tout le monde s’accorde à dire que la Ceni n’est pas l’arbitre impartial qu’elle est censée être mais bien un instrument du pouvoir pour organiser des élections à son profit.

Pour preuve, le refus de trouver du consensus avec l’opposition et la société civile autour de la machine à voter, de la révision du fichier électoral, le refus d’accepter le groupe d’experts internationaux demandé par le Conseil de sécurité, etc.

Le pouvoir ne se refuse rien car il se donne tous les droits. »

La Cour constitutionnelle quant à elle montre depuis sa mise en place qu’elle n’est ni indépendante ni soucieuse de faire respecter le droit. En violation de son propre règlement intérieur, des arrêts sont rendus sans majorité requise et la procédure de remplacement d’1/3 de ses membres a été violée par le pouvoir pour écarter les récalcitrants.

La preuve flagrante de cette coalition et instrumentalisation a été donnée aux yeux du monde entier lors de l’audience d’invalidation de Jean-Pierre Bemba lorsqu’on a vu un membre de la Cour, ancien conseiller du Chef de l’État, nommé lors du remplacement de 1/3 des membres, s’associer au conseil de la Ceni et être consulté à tout moment sur la stratégie de la défense de celle-ci. Simplement inimaginable, voire impensable sous d’autres cieux. Mais le pouvoir ne se refuse rien car il se donne tous les droits.

3. Liberté et égalité des acteurs

Le processus électoral doit obéir à un minimum des règles pour une compétition équilibrée entre l’ensemble des candidats. Le problème en RDC, c’est justement le fait que selon le camp dans lequel on appartient on est libre ou pas pour organiser des manifestations ou pour passer dans les médias publics ou, pire encore, pour être simplement candidat.

Les manifestations publiques en faveur des élections libres sont durement réprimées, voire simplement interdites. Les leaders de l’opposition et les membres des mouvements citoyens sont emprisonnés. Certains candidats ont vu leurs candidatures invalidées par la Ceni ou la Cour constitutionnelle, d’autres sont maintenus en exil forcé.

Dans de telles circonstances, comment pouvoir parler d’élections alors que la quasi-totalité de l’espace public et politique continue à être fermée par le pouvoir aux activités de l’opposition. Malheureusement avec la désignation de Ramazani Shadary, tous les discours et tous les comportements du pouvoir sont acceptés au nom d’un principe supérieur que Kabila n’est pas candidat, donc il faut aller aux élections quel qu’en soit le prix. Comme si les élections voulaient dire le départ de Kabila et non le respect de la volonté souveraine du peuple dans le respect des lois de la République.

Dans de telles conditions, les organisations membres de la plateforme pensent que de telles élections sont annonciatrices d’un futur chaos.

4. La machine à voter

Un enjeu majeur de ces élections, car à l’heure actuelle l’opposition affirme que sans le retrait de cette machine il n’y aura pas d’élections, alors que le président Kabila n’a eu de cesse de répéter que sans machine à voter, il n’y aura pas d’élections. Au-delà de cette polémique, la machine à voter ou machine à imprimer, selon la nouvelle terminologie de la Ceni, fait l’unanimité contre elle, car elle n’a que la pouvoir et la Ceni pour partisans. La société civile, les mouvements citoyens, l’opposition politique, la communauté internationale, les experts techniques sont tous unanimes pour affirmer que le pays n’est pas prêt à l’utilisation de cet outil d’autant plus qu’elle est abandonnée partout et, techniquement, elle n’offre pas des gages de sécurité nécessaire, et l’absence des infrastructures dans le pays, combinée à la nouveauté d’un tel outil pour la population, constitue un vrai handicap.

5. Le fichier électoral

L’audit de l’OIF a révélé des problèmes réels quant au fichier électoral dont le principal est la présence dans le fichier de plusieurs millions d’électeurs dépourvus d’empreintes digitales et la présence nombreuse des cartes vierges en circulation.

Malgré les nombreuses demandes de l’opposition et de la société civile pour la révision du fichier et la suppression de ces millions d’électeurs sans empreintes digitales, la Ceni reste sourde à ces appels. La question que nous nous posons est celle de savoir comment dans de telles conditions peut-on encore parler des véritables élections.

Nous espérons que la Ceni va revenir à la raison et mettre en œuvre les recommandations de l’audit de l’OIF pour la consolidation du fichier électoral, premier facteur pour des élections transparentes.

Share Button